Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /Fév /2007 10:12

ABANDON

- 6 -

 

Discrète, la nuit s'efface.

Dans le ciel une ronde de bleus s'est engagée, bleu nuit, bleu sombre, bleu gris, un nouveau jour se lève.

Un jour de plus, un jour de moins, c'est comme on veut ou bien comme on le peut, question de point de vue, d'angle de vie.

A peine sortis de l'obscurité, les premiers corps de bâtiments prennent formes, maisons et entrepôts se distinguent, le tracé des routes à présent se profile. Lentement des tons plus clairs s'annoncent.

La station service restée ouverte toute la nuit est éclairée de néons rouges, jaunes et blancs, certains clignotent, d'autres non.

La lumière naturelle a pris le pas sur le trio coloré et dénonce à présent les mécanismes : tubes, fils et aciers apparaissent. Les deux éclairages ne cohabiteront pas longtemps, une simple pression sur un bouton suffira à faire taire la lumière criante et artificielle.

- Marie, je ne peux pas te parler là

- Est ce que l'on peut se voir?

- Non, je suis en province

- Je sais, j'ai roulé toute la nuit, je suis sur le parking de la station à deux kilomètres de chez toi 

- Marie pourquoi?

- Viens

- Je ne peux pas

- Bien sûr que tu peux

Soupire

Silence

- Je ne sais pas quand je vais pouvoir me libérer

- Je t'attends

Une R16 vient de franchir l'entrée de la station, le conducteur de la regrettée est distrait, il vient d'immobiliser son véhicule à plus d'un mètre de la première pompe placée à sa disposition. Perplexe et pour mesurer la faisabilité de l'affaire, il entre ouvre légèrement sa portière. Cela ira bien comme ça, semble t'il en conclure.

Il porte un pull over vert, un pull over tricoté mains, bien trop grand pour lui ou détendu à force d'être porté.

Pompe en mains il tente de joindre le tuyau jusqu'à l'embouchure de son réservoir, rien à faire, celui-ci n'est pas assez long, il manque cinq centimètres, à peine.

Il s'impatiente, ses joues prennent feu et d'un geste nerveux il force brûtalement l'extraction du tuyau.

En vain.

A quelques centimètres de là, un petit garçon profite d'une halte essence pour promener son chien.

Le gabarit de l'animal est impressionnant, tellement massif à côté de la petite taille de cet enfant. Au demeurant la scène est charmante, mais si près de la route c'est très imprudent tout de même.

Intévitablement le temps passe. Immobile, je le sens, l'occupe. A attendre je l'emploi.

Derrière sa vitre, le pompiste regarde à nouveau dans ma direction, il se demande forcément, ce que fait en stationnement depuis plus d'heures, cette voiture blanche immatriculée hors du département.

20h00, depuis quand n'ai-je pas pris un repas?

Hier midi?

Mon corps fond, ma taille et mes fesses sont moins à l'étroit dans mon pantalon. Il va apprécier, me désirer plus encore, mon corps continu de s'affiner.

 

Le pompiste de nuit, s'apprête à prendre son service, le relais se fait autour d'un café, l'employé du jour informe et transmet quelques consignes.

Poignées de mains, bonne soirée et à demain, j'imagine.

Par Rose - Publié dans : Abandon (Roman)
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Dimanche 11 février 2007 7 11 /02 /Fév /2007 17:04

ABANDON

- 5 -

Le dessin d'un pelage sombre est vaguement projeté sur l'écran de mon champ de vision.

En fait il un jeu ce chat, de toujours me surprendre?

Depuis quand est il là, le regard fixe, assis sur le seuil de la porte, à m'observer?

Vissé au plancher, il s'interroge.

La netteté de la scène est perceptible, mon attention semble le renseigner sur ma bonne disposition à le tolérer.

Progressivement sa paupière s'assouplie et son oeil devient tendre, ce changement d'expression témoigne de l'évidente communication qui est en train de s'opérer, sans geste ni mot, seuls, enveloppés de l'épais silence apparent.

Je ne savais pas qu'en dehors d'un toit, de la bouffe et de quelques soins quotidiens, ce chat à mon égard nourrissait quelque intérêt.

C'est vrai que c'est beau un chat, l'insolence et la désinvolture que souvent je leur prête, en cet instant m'apparaissent déplacées, face à moi, l'animal est pourvu de sentiments.

Les émotions s'enchaînent et se superposent, surtout qu'il ne s'approche pas.

J'avais prévenu, une larme puis deux, tant pis.

Ne t'inquiète pas, je te ramasserai, effondre toi, pleure, craque, laisse toi te vautrer dans tant de bonté posée sur toi.

Par Rose - Publié dans : Abandon (Roman)
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Samedi 10 février 2007 6 10 /02 /Fév /2007 16:58

ABANDON

- 4 -

Le téléphone sonne, l'absence de mouvement, l'absence de bruit font de chaque sonnerie, un coup porté qui résonne et claque dans ma nuit.

Cette gamme de sons versés dans les aigus m'irrite au plus haut point.

De cette chambre noire, la douleur et la colère remontent, je ne peux entendre, ni ne voir personne.

Notre situation commence à s'ébruiter.

L'autre, celui qui vient aux nouvelles, auquel je veux échapper et duquel je cherche à me protéger, en prédateur qui s'ignore vient s'emparer de mon malheur, se l'approprier. Bien aisé malgré lui et dans un soucis apparent de bienveillance, ses maux, les siens, vont s'en trouver soulagés. De là, maladroitement, quelques manifestations de compassion étoufée vont jaillir, m'éclabousser et me salir. Ainsi l'autre, le même, va s'en revenir dans un état de communion retrouvé.

Non, je n'ai pas la force de cautionner ce délit. C'est mon malheur à moi, il m'appartient, car déjà je suis privé d'elle, elle, ma force, mon immunité, ma vie.

Par Rose - Publié dans : Abandon (Roman)
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Vendredi 9 février 2007 5 09 /02 /Fév /2007 16:50

ABANDON

- 3 -

 

Marie est partie.

Depuis vingt quatre heures, cette pensée est apparue, réapparue mille fois, dix mille fois, que dis-je?

Cette phrase pourtant courte, traverse mon esprit, elle se cogne contre mes chairs fraîchement écorchées et au passage, creuse un peu plus encore la béance à présent localisée.

Une lame de fond tranchante, finement aiguisée, à l'intérieur me blesse, la brûlure diffuse les relents d'un parfum aigre.

A toute fin, je contiens ma respiration pour ne pas en être intoxiqué.

Alcool, autres substituts, au fond, à quoi bon en rajouter?

Marie est partie.

Par Rose - Publié dans : Abandon (Roman)
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Vendredi 9 février 2007 5 09 /02 /Fév /2007 13:44

ABANDON

- 2 -

 - Soph.

- C'est Pierre

- Salut mon pierre

- ça y'est

- Oui

- Qu'est ce que je dois faire?

- Rien

- C'est un immeuble tout entier qui me tombe sur la gueule, je vais pas me relever si je la perds.

Par Rose - Publié dans : Abandon (Roman)
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Jeudi 8 février 2007 4 08 /02 /Fév /2007 16:40
 
ABANDON
 
- 1 -
 
 

- Allo

- Oui

- C'est moi

- Je suis sur la route là

- Tu t'es décidée?

- Oui

- Et s'il ne veut pas de toi?

- Je serai fixée

- Pierre est au courant?

- Non

- Tu l'as pas prévenu?

- Non

- Il va souffrir

- Je sais

Par Rose - Publié dans : Abandon (Roman)
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