ABANDON
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Discrète, la nuit s'efface. Dans le ciel une ronde de bleus s'est engagée, bleu nuit, bleu sombre, bleu gris, un nouveau jour se lève. Un jour de plus, un jour de moins, c'est comme on veut ou bien comme on le peut, question de point de vue, d'angle de vie. A peine sortis de l'obscurité, les premiers corps de bâtiments prennent formes, maisons et entrepôts se distinguent, le tracé des routes à présent se profile. Lentement des tons plus clairs s'annoncent. La station service restée ouverte toute la nuit est éclairée de néons rouges, jaunes et blancs, certains clignotent, d'autres non. La lumière naturelle a pris le pas sur le trio coloré et dénonce à présent les mécanismes : tubes, fils et aciers apparaissent. Les deux éclairages ne cohabiteront pas longtemps, une simple pression sur un bouton suffira à faire taire la lumière criante et artificielle. - Marie, je ne peux pas te parler là - Est ce que l'on peut se voir? - Non, je suis en province - Je sais, j'ai roulé toute la nuit, je suis sur le parking de la station à deux kilomètres de chez toi - Marie pourquoi? - Viens - Je ne peux pas - Bien sûr que tu peux Soupire Silence - Je ne sais pas quand je vais pouvoir me libérer - Je t'attends Une R16 vient de franchir l'entrée de la station, le conducteur de la regrettée est distrait, il vient d'immobiliser son véhicule à plus d'un mètre de la première pompe placée à sa disposition. Perplexe et pour mesurer la faisabilité de l'affaire, il entre ouvre légèrement sa portière. Cela ira bien comme ça, semble t'il en conclure. Il porte un pull over vert, un pull over tricoté mains, bien trop grand pour lui ou détendu à force d'être porté. Pompe en mains il tente de joindre le tuyau jusqu'à l'embouchure de son réservoir, rien à faire, celui-ci n'est pas assez long, il manque cinq centimètres, à peine. Il s'impatiente, ses joues prennent feu et d'un geste nerveux il force brûtalement l'extraction du tuyau. En vain. A quelques centimètres de là, un petit garçon profite d'une halte essence pour promener son chien. Le gabarit de l'animal est impressionnant, tellement massif à côté de la petite taille de cet enfant. Au demeurant la scène est charmante, mais si près de la route c'est très imprudent tout de même. Intévitablement le temps passe. Immobile, je le sens, l'occupe. A attendre je l'emploi. Derrière sa vitre, le pompiste regarde à nouveau dans ma direction, il se demande forcément, ce que fait en stationnement depuis plus d'heures, cette voiture blanche immatriculée hors du département. 20h00, depuis quand n'ai-je pas pris un repas? Hier midi? Mon corps fond, ma taille et mes fesses sont moins à l'étroit dans mon pantalon. Il va apprécier, me désirer plus encore, mon corps continu de s'affiner.
Le pompiste de nuit, s'apprête à prendre son service, le relais se fait autour d'un café, l'employé du jour informe et transmet quelques consignes. Poignées de mains, bonne soirée et à demain, j'imagine. |
